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Les victimes de traite des êtres humains suivies par les associations en France en 2016

Fil d'Ariane

Grand Angle n° 48
Les victimes de traite des êtres humains suivies par les associations en France en 2016
27 juin 2018

L’enquête annuelle sur les victimes de traite des êtres humains en France est conduite par l'ONDRP et la Mission interministérielle pour la protection des femmes contre les violences et la lutte contre la traite des êtres humains (MIPROF), en partenariat avec le Collectif « Ensemble contre la traite des êtres humains ». Elle permet d’illustrer un phénomène dont l’ampleur et les contours restent difficiles à appréhender. La seconde édition de cette enquête, qui porte sur les victimes suivies au cours de l’année 2016, vient confirmer les tendances observées dans la première. Les résultats, tributaires de l’activité et des spécificités des associations répondantes, ne peuvent pas être considérés comme représentatifs de l’ensemble du phénomène en France.

En 2016, 1 857 victimes de traite des êtres humains ont été suivies par les 24 associations ayant répondu à l’enquête. Parmi elles, près des trois quarts (74 %) étaient victimes d’exploitation sexuelle, 15 % ont subi des faits d’exploitation par le travail, principalement dans le cadre domestique, 7 % ont été exploitées à des fins de contrainte à commettre des délits, et 2 % de mendicité forcée. Pour 2 % des victimes, la forme d’exploitation n’a pas été identifiée par l’association.

Des victimes de près de 70 nationalités différentes ont été accompagnées en 2016 par les associations. Derrière cette diversité, près de 8 victimes sur 10 sont originaires de seulement cinq pays : le Nigéria, la Roumanie, le Maroc, l’Algérie, et la Bulgarie. Les formes d’exploitation rencontrées diffèrent selon l’origine des victimes. Les victimes nigérianes, qui à elles seules représentent la moitié des victimes, sont dans leur quasi-totalité exploitées sexuellement. L’enquête confirme ainsi l’ampleur de l’activité des réseaux nigérians de traite prostitutionnelle en France. Les réseaux originaires des pays de l’Europe de l’Est et du Sud sont eux actifs sur plusieurs formes d’exploitation, principalement l’exploitation sexuelle, la contrainte à commettre des délits, et la mendicité forcée. Concernant les victimes originaires d’Afrique du Nord, elles sont exploitées à des fins sexuelles et par le travail, y compris domestique. L’exploitation par le travail, y compris domestique, concerne 3 victimes sur 4 originaires d’Afrique de l’Ouest (hors Nigéria) et 6 victimes sur 10 originaires d’Asie.

L’analyse des résultats selon les types d’exploitation permet également de dégager des profils particuliers, notamment selon le sexe, le genre, l’origine, et les conditions d’exploitation des victimes. L’une des spécificités de cette forme de criminalité est le faible recours aux forces de sécurité, seul un tiers des victimes se sont déplacées à la police ou à la gendarmerie, qu’elles aient déposé plainte ou non.

Mots-clés : Violences aux personnes Autres (dont TEH)

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Amandine Sourd En savoir plus

Amandine Sourd

Fonction Chargée d’études
Discipline Criminologie