La Justice pénale et ses critiques : analyse de l’opinion sur la Justice et les tribunaux dans le traitement de la délinquance

ga50

Grand Angle Nº 50

Date de publication

Cette étude explore l’opinion que les individus portent sur l’action de la Justice et des tribunaux dans le traitement de la délinquance à partir de l’enquête « Cadre de vie et sécurité » (CVS). Elle s’organise en trois parties.


La première présente les données sur lesquelles s’appuie l’étude, en insistant sur la double spécificité de son objet. D’une part, il s’agit d’une enquête sur une opinion. Celle-ci se démarque d’un sondage, dans la mesure où elle combine l’exploitation d’une question de satisfaction et l’exploitation d’une question ouverte, dans laquelle les enquêtés peuvent justifier leur avis, en utilisant leurs propres mots. D’autre part, l’opinion sur la Justice ne peut être réduite à n’importe quelle opinion. En effet, interroger les individus sur une telle institution convoque nécessairement chez eux un avis d’usager (même potentiel) concernant le fonctionnement d’une organisation ; mais aussi leur sentiment du juste, au sens des valeurs morales associées à la sanction d’individus considérés comme délinquants par la société. C’est donc tout l’apport de cette enquête que de pouvoir prendre en compte chez les répondants, en plus de leurs divers degrés de satisfaction, la pluralité des logiques qui guident leur critique.


La deuxième partie aborde les variations du degré de satisfaction des individus vis-à-vis de la Justice et des tribunaux dans leur action contre la délinquance. Elle montre qu’un peu plus d’un cinquième des répondants (21 %) se disent globalement satisfaits de cette action, que deux tiers environ déclarent une insatisfaction (64 %), et que le reste dit ne pas avoir d’opinion sur la question (15 %). Ces proportions sont stables entre 2013 et 2018. Ces degrés de satisfaction varient peu en fonction de variables prises une à une, que ce soit les variables sociodémographiques usuelles, les variables d’opinions portant sur d’autres thèmes (sécurité, police), ou celles indiquant si le répondant a subi ou a vu une infraction. En revanche, la mobilisation de techniques multivariées permet de présenter trois profils-types : le portrait des personnes relativement satisfaites est principalement structuré par l’appartenance aux couches populaires faiblement diplômées ; le portrait des personnes relativement insatisfaites est principalement structuré par l’appartenance aux couches supérieures et très urbanisées ; le portrait des personnes indécises est quant à lui principalement structuré par l’absence d’expérience de victimation (en tant que victime ou témoin), qui correspond à des femmes sans diplôme, inactives, en zones rurales ou faiblement urbanisées.


La troisième partie ne porte que sur les insatisfaits. À partir de l’exploitation d’une question ouverte, elle permet de voir la pluralité des critiques qui guident ces répondants. Une analyse statistique textuelle conduit à identifier cinq types de critiques : une critique proportionnelle, qui déplore le caractère inéquitable des jugements en rapport avec les infractions commises ; une critique temporelle, qui dénonce les durées trop courtes de privation de liberté des délinquants ; une critique humaniste, qui regrette le manque de moyens mis à la disposition de la Justice pour remplir une des missions que ces répondants lui attribuent, à savoir la réinsertion des délinquants ; une critique punitive, qui regrette quant à elle que la Justice n’ait pas les moyens suffisants pour remplir la mission estimée prioritaire, celle du maintien de l’ordre social ; enfin, une critique autoritaire, qui appelle à une élévation générale de la sévérité des sanctions.

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