Radicalisation et extrémisme violent à l’ère du Web

Numérique et radicalités violentes : au-delà des discours communs

Benjamin DUCOL, Martin BOUCHARD, Garth DAVIES, Christine NEUDECKER, Marie OUELLET

Cet article est issu de la rubrique « dossier » du n°43 des Cahiers de la sécurité et de la justice, paru en octobre 2018, consacré à la sécurité et la justice au Canada et coordonné par Pierre BERTHELET, chercheur au Centre de documentation et de recherches européennes (CRDE). Retrouvez l'intégralité de l'édition sur le site de la Documentation française.

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La question du rôle d’Internet et des sphères numériques en ce qui a trait aux phénomènes de radicalisation et d’extrémisme violent fait l’objet d’une attention croissante depuis plusieurs années, et ce tant du côté des pouvoirs publics que des milieux universitaires. En témoigne un volume important de travaux de recherche développés sur cette thématique, principalement dans le monde anglo-saxon, et à quelques exceptions près en France (1). Si l’intérêt public pour cette question n’est pas nouveau en soi, les discours communs, qu’ils soient médiatiques, profanes, voire universitaires, demeurent encore trop souvent simplificateurs, pour ne pas dire réducteurs. Souvent fondées dans une lecture « techno-déterminisme » d’Internet et des réseaux sociaux [Hoskins & O’Loughlin, 2009 ; Archetti, 2015 : 50], nombreuses sont les interprétations qui conduisent à faire du Web un vecteur omnipotent des formes de radicalités contemporaines et d’amplification de l’extrémisme violent sous toutes ses formes.

S’il est impossible de nier le rôle important d’Internet dans la globalisation de certains discours extrémistes, ainsi que de certaines formes de radicalités et de mouvements clandestins violents, il est plus difficile de cerner son poids exact en ce qui a trait aux trajectoires et aux dynamiques individuelles de radicalisation dans l’extrémisme violent ou le terrorisme. Les lectures souvent réductrices proposées sur cette question tendent en effet à appréhender les effets du Web dans une perspective univoque, comme si l’exposition de certains individus à Internet et aux contenus qui y circulent était en soi suffisante à expliquer leur engagement dans la radicalisation violente (2). Face à la thèse d’un Internet facteur tout-puissant de basculement dans la violence terroriste, la recherche scientifique tente aujourd’hui de proposer une appréhension plus nuancée de cet enjeu, avec notamment une sensibilité plus importante accordée par les chercheurs à la complexité causale inhérente aux sphères numériques en matière de radicalisation et d’engagement des individus dans l’extrémisme violent [Gill et coll., 2017].

Cet article propose un bref éclairage sur cette question à partir d’une étude réalisée en 2015 par les auteurs pour le compte de Sécurité publique Canada (3). L’analyse se concentrera sur 15 études de cas qu’il s’agira de classifier au sein d’une typologie alliant trajectoires de radicalisation et la nature du rôle qu’a joué Internet dans celles-ci. Cette typologie fut construite, avec, comme toile de fond, une relecture des écrits en psychologie sociale pouvant nous informer sur le rôle d’Internet dans les processus s’apparentant à la radicalisation.

État des lieux des recherches sur la radicalisation et l’extrémisme violent à l’ère du numérique

Il existe aujourd’hui une littérature féconde sur les phénomènes de radicalisation violente et les variables multiples qui les nourrissent [Neumann, 2015 ; Bouchard, 2015 ; Pisoiu et Hain, 2017]. À l’intérieur de cette littérature, un sous-champ d’étude portant plus explicitement sur les dimensions numériques de ces phénomènes de radicalisation violente s’est également développé au cours des dernières années [Weimann, 2005, 2015 ; Seib et Janbek, 2010]. Il est ici impossible de produire un état des lieux exhaustif de ces recherches, tant le nombre de publications a été démultiplié en quelques années à peine [Meleagrou-Hitchens et Kaderbhai, 2017]. Les chercheurs actifs dans le domaine ont ainsi interrogé la question d’Internet dans les phénomènes de radicalisation violente sous une multitude d’angles théoriques et méthodologiques allant de la description de l’utilisation du Web à des fins opérationnelles par les groupes terroristes jusqu’à l’analyse thématique ou discursive de la propagande des groupes extrémistes violents en passant par l’exploration ethnographique des communautés radicales ou/et extrémistes en ligne ou encore les pratiques discursives et argumentaires mobilisées par les « entrepreneurs de radicalité » sur les médias sociaux  (4).

Au sein de cette littérature variée, on retrouve néanmoins une question récurrente : celle du rôle d’Internet et des sphères numériques dans les processus de radicalisation et d’engagement dans l’extrémisme violent [Ramsay, 2008]. Quel rôle Internet joue-t-il dans les phénomènes de radicalisation violente à l’échelle collective et individuelle ? Les sphères numériques sont-elles des espaces d’émergence, d’amplification ou de cristallisation de la radicalité politique ? Les réseaux sociaux produisent-ils ou accélèrent-ils les dynamiques de radicalisation et d’engagement dans l’extrémisme violent des individus ?

Face à ces différents questionnements, plusieurs lignes de débats théoriques autour du rôle d’Internet et des espaces numériques en matière de radicalisation violente se font jour [Archetti, 2013 ; Conway, 2016]. D’un côté, certains auteurs tendent à mettre l’emphase sur le rôle transformateur des espaces numériques en ce qui a trait aux phénomènes de radicalisation menant à la violence [Briggs et Strugnell, 2011] et leur poids potentiel en ce qui a trait au basculement de certains individus dans l’extrémisme violent [Torok, 2013]. À l’inverse, d’autres auteurs entendent nuancer, voire relativiser l’influence des sphères numériques en matière de radicalisation violente [Benson, 2014 ; Archetti, 2015]. En réalité, rares sont les études disponibles, fondées sur des données empiriques permettant de valider l’une ou l’autre de ces thèses [Gill et coll., 2017 : 103]. Les recherches actuellement disponibles tendent néanmoins à démontrer que si Internet n’est pas en soi une cause des phénomènes de radicalisation, il peut toutefois en être un vecteur ou un accélérateur [Edwards et Gribbon, 2013 ; Von Behr et coll., 2013], sous certaines conditions. C’est en particulier le cas en ce qui a trait aux extrémistes solitaires ou autonomes [Ravndal, 2013 ; Gill et Corner, 2015]. Dès lors, l’enjeu est moins celui de savoir si Internet et les médias sociaux jouent un rôle en matière de radicalisation menant à la violence que celui de contextualiser celui-ci et d’explorer les effets et le poids des sphères numériques dans les parcours individuels de radicalisation [Koehler, 2014/15].

La littérature actuelle tend par ailleurs à rompre avec une lecture « autonomiste » du Web qui conduirait à penser les mondes numériques comme indépendants du monde réel. Souvent envisagées comme opposées ou étanches, ces deux sphères sont en réalité, dans ce domaine comme dans d’autres, le prolongement l’une de l’autre. Par conséquent, penser la radicalisation violente au croisement du réel et du virtuel [Ducol, 2015ab], c’est désagréger le poids relatif, dans chaque parcours individuel, des espaces numériques en matière de radicalisation. C’est également explorer les différents mécanismes et les dynamiques psycho-sociologiques qui influencent la manière dont les individus « pratiquent » le Web et les médias sociaux, la manière dont ils « s’exposent » aux discours et aux contenus circulant en ligne ou encore les mécanismes de fréquentation et d’affiliation à certains espaces de sociabilité virtuels.

Comprendre le rôle d’Internet en matière de radicalisation violente : quelles perspectives transférables de la psychologie sociale ?

Nombreux sont les auteurs travaillant sur la radicalisation et l’extrémisme violent qui ont souligné les apports potentiellement fructueux du champ de la psychologie sociale à l’éclairage de ces thématiques [King et Taylor, 2011 ; McCauley et Moskalenko, 2011 ; Koomen et Van Der Pligt, 2015]. Ainsi, qu’il s’agisse de la question de l’identité sociale [Hogg, 2014], des dynamiques de groupe [Tsintsadze-Maass et Maass, 2014] ou encore des processus de catégorisation identitaire [Fiske, 2013], plusieurs champs d’observation de la psychologie sociale semblent pouvoir informer certains mécanismes et facteurs constitutifs des dynamiques de radicalisation menant à la violence. En ce qui concerne l’aspect numérique des phénomènes de radicalisation menant à la violence, ici encore la psychologie sociale semble pouvoir apporter un éclairage fécond, en particulier à partir d’une de ses sous-composantes en développement : la psychologie sociale de l’Internet (PSI (5)). À partir d’une revue des travaux récents publiés dans ce domaine [Joinson et coll., 2007 ; Kirwan, 2010 ; Power et Kirwan, 2014], il est possible d’identifier trois grands pôles d’apports possibles de la PSI à la compréhension du rôle d’Internet et des sphères numériques en ce qui a trait aux phénomènes de radicalisation et d’extrémisme violent.

En premier lieu, il s’agit des travaux de recherche portant sur les processus individuels de cognition et d’identification et la manière dont les sphères numériques transforment certains de ces mécanismes ou en proposent de nouvelles modalités. Ainsi, Internet permet la création de nouvelles identités en ligne et d’expression de soi plus facilement accessibles ou adoptables par des individus, en particulier dans le cas d’affiliations identitaires qualifiables d’idéologiquement marginales ou de croyances/opinions stigmatisées [McKenna, 2007]. À cela s’ajoute la manière dont Internet participe à transformer la cognition même des individus, qu’il s’agisse de favoriser les phénomènes de « saillance identitaire » en raison de l’exposition à certains contenus numériques ou d’influencer les mécanismes d’exposition en ligne par le biais d’une forme de « filtrage algorithmique (6) » [Pariser, 2011] qui peut contribuer à l’enfermement de certains individus dans des visions biaisées et polarisantes du monde. En matière de radicalisation menant à la violence, ces apports sont fondamentaux pour mieux comprendre comment le Web participe à renforcer certaines « identités de niche » en ligne, en particulier des identités extrémistes ou encore comment les algorithmes de certaines plateformes de médias sociaux contribuent à renforcer les biais cognitifs déjà existants, confinant un peu plus certains individus dans une forme de « monopole cognitif » [Bronner, 2009]. En second lieu, la PSI ouvre également la porte à une meilleure compréhension des mécanismes d’interactions en ligne entre individus. Ainsi, plusieurs travaux évoquent la manière dont Internet et les réseaux sociaux tendent à faciliter davantage qu’auparavant la rencontre entre des inconnus possédant des intérêts ou des croyances marginales/déviantes communes [Lauw et coll., 2010], mais qui dans un contexte pré-numérique n’auraient sans doute pas pu ou tout du moins, plus difficilement, interagir ensemble. Plus encore, certains auteurs soulignent le fait que les sphères numériques encouragent une forme d’homophilie (7) entre individus, permettant la constitution de communautés d’affinité en ligne [McKenna et coll., 2002], une tendance particulière importante pour des communautés d’affinités numériques marquées par la déviance, et ce qu’il s’agisse d’anorexie, de pornographie juvénile ou d’extrémisme violent. Finalement, un dernier corpus de recherche de la PSI porte plus directement sur les effets des dynamiques collectives ou de groupes en ligne. Ces travaux de recherche permettent d’entrevoir comment les sphères numériques peuvent fournir des modalités renouvelées d’influence et de socialisation entre des collectifs d’individus. Les modalités d’interaction au sein des communautés virtuelles se distinguent ainsi des communautés du monde réel sur plusieurs niveaux incluant, notamment, l’importance accordée aux jugements ou aux idées des autres membres d’un groupe, en particulier lorsque celui-ci tend à être homogène dans sa composition [Postmes et coll., 2001]. En résumé, les différents axes de recherche de la PSI évoqués ci-dessus permettent d’entrevoir comment certains mécanismes de la psychologie sociale traditionnellement à l’œuvre peuvent s’exprimer à l’ère du numérique et selon quelles perspectives, en particulier en ce qui concerne les phénomènes de radicalisation et d’extrémisme violent.

Retracer le rôle d’Internet dans les trajectoires d’engagement dans l’extrémisme violent : constats d’une exploration empirique

Au-delà des apports théoriques issus de la PSI, il semble primordial pour les chercheurs d’explorer les processus psycho-sociologiques identifiés ci-dessus au travers de cas réels et de trajectoires individuelles d’engagement dans l’extrémisme violent. À partir d’une étude comparative menée sur quinze trajectoires d’individus radicalisés (8) (jihadisme n = 11, extrémisme de droite n = 3 et anti-gouvernementarisme n = 1), notre équipe de recherche a tenté d’explorer la présence des différents éléments identifiés précédemment afin de mieux contextualiser le rôle d’Internet et des médias sociaux dans les phénomènes de radicalisation et d’engagement dans l’extrémisme violent.

Les constats empiriques effectués soulignent tout d’abord la dimension processuelle des parcours de radicalisation qui ne sont ni soudains ni abrupts. À l’inverse, les trajectoires individuelles de radicalisation observées sont presque toujours progressives et résultent de la convergence d’une multitude de facteurs. Au regard des quinze cas étudiés, il en ressort que le poids des sphères numériques en ce qui a trait à la radicalisation varie considérablement entre les différents individus, avec dans les cas les plus extrêmes une attribution quasi exclusive de la radicalisation à Internet et aux médias sociaux. Dans d’autres cas, les réseaux numériques apparaissent davantage soit comme un lieu introductif aux imaginaires, aux discours et aux contenus extrémistes, soit comme un canal permettant à certains individus déjà engagés dans un processus de radicalisation de venir consolider leurs croyances et un cadre cognitif extrémiste. En dépit de la taille restreinte de l’échantillon, il semble possible de catégoriser le rôle d’Internet et des médias sociaux selon trois idéaux types (Figure 1).

Figure 1 - typologie des processus de radicalisation en lien avec le rôle d'Internet

typologie des processus de radicalisation en lien avec le rôle d'Internet

Premier idéal type, les « radicalisés en ligne purs » pour qui Internet et les médias sociaux jouent non seulement un rôle central dans l’exposition initiale de ces individus à des narratifs et des imaginaires radicalisants, mais également dans l’adoption subséquente d’un système de croyances les conduisant progressivement à légitimer des positions de plus en plus extrémistes jusqu’à la violence. Cette première catégorie caractérise des trajectoires de radicalisation où Internet occupe un rôle tout au long du processus et participe à structurer profondément le basculement des individus dans l’extrémisme violent. À l’instar du constat effectué par d’autres auteurs [Gill et Corner, 2015], on semble retrouver dans cette première catégorie des individus plutôt isolés, pour qui la radicalisation est avant tout un processus autonome ou à défaut lorsqu’il est relationnel, se fait par le biais de l’anonymat offert par les sphères numériques.

Second idéal type : les parcours de radicalisation où Internet et les médias sociaux opèrent comme facteur de « renforcement de la radicalisation ». En d’autres termes, Internet a, dans ce type de trajectoire individuel, pour rôle central celui de renforcer les trajectoires de radicalisation initiées hors ligne, autrement dit dans le monde réel par les individus. Ici le Web agit comme un vecteur de cristallisation puisqu’il permet aux individus, dans les cas observés, de nourrir leurs croyances par des contenus trouvés en ligne ou de rejoindre de nouveaux milieux de sociabilité numériques (pages ou groupes Facebook, forums, chaînes de diffusion, etc.) nourrissant leur adhésion progressive à des narratifs et des croyances extrémistes.

Dernier idéal type, les parcours de radicalisation où Internet et les médias sociaux jouent un rôle « introductif » du processus de radicalisation chez certains individus. Dans cette configuration, c’est bien les sphères numériques qui ouvrent une porte d’entrée à une radicalisation progressive de l’individu, même si celles-ci peuvent être abandonnées ensuite par les individus concernés, souvent à la recherche d’interactions avec des individus dans le monde réel et d’un besoin de pouvoir partager des croyances marginales dans le monde réel. Ici, le Web joue davantage le rôle d’une sphère d’informations et de contenus en tout genre pour des individus en questionnement et qui vont trouver dans les sphères numériques des réponses ou des personnalités en mesure de les aiguiller.

Au-delà de cette typologie, l’exploration empirique des trajectoires individuelles permet d’entrevoir le fait que certaines prédispositions individuelles et/ou préconditions environnementales peuvent jouer un rôle favorable dans l’initiation des processus de radicalisation dans chacun des quinze cas observés. Ainsi, la présence de griefs politiques, de certaines fragilités psychologiques ou encore d’un besoin de sens ou identitaire, sont des éléments récurrents au sein de l’échantillon. Ces facteurs ne peuvent toutefois pas être interprétés comme des facteurs suffisants pour expliquer le processus de radicalisation des individus concernés. Ils sont en réalité un indicateur permettant d’expliquer la disponibilité initiale de certains individus à des narratifs ou à des contenus radicalisants en ligne, ainsi que l’appétence première de ces personnalités pour des environnements numériques porteurs d’une radicalité.

Alors que dans certains des cas observés, l’exposition initiale à des contenus extrémistes en ligne semble passive et davantage le fruit d’un contexte environnemental ou d’un hasard, pour d’autres il s’agit au contraire d’une exposition active, fruit de facteurs et de mécanismes pouvant être éclairés par la PSI. Qu’il s’agisse de la recherche d’information face à des questionnements identitaires, religieux ou d’actualité en passant par le besoin d’affiliation à des pairs ou à des individus partageant les mêmes convictions, les mécanismes initiaux d’exposition aux narratifs, aux contenus et aux milieux extrémistes en ligne s’avèrent multiples. Parallèlement, d’autres mécanismes psycho-sociologiques favorisent la fréquentation durable des milieux extrémistes ou la consommation des contenus radicalisants sur le Web, une fois les individus initialement exposés. Dans certains cas, les relations interpersonnelles et les liens tissés en ligne suffisent à entretenir l’accentuation du processus de radicalisation en raison des bénéfices cognitifs retirés (sentiment d’avoir accès à des connaissances ou d’accès à une vérité sur le monde social) ou des liens émotionnels tissés avec des pairs partageant des visions du monde et des croyances semblables. Dans d’autres situations, les sphères numériques ne constituent pour les individus qu’une phase de transition vers la recherche de pairs et de relations interpersonnelles dans le monde réel, le Web n’étant dans cette configuration pas suffisante à entretenir l’insertion dans un milieu radicalisant. Pour une minorité des cas observés, l’exposition prolongée à des contenus radicalisants et extrémistes en ligne représente un facteur essentiel dans l’acceptation de la violence comme moyen légitime d’action. Pour plusieurs, Internet devient progressivement une fenêtre ouverte sur des discours, des narratifs et des figures charismatiques en mesure de les convaincre que la violence est non seulement une réponse légitime, mais nécessaire, pour la défense de la cause, de l’idéologie ou de la vision du monde à laquelle ils adhèrent.

En résumé, il convient de souligner que les sphères numériques s’avèrent rarement un facteur univoque dans les processus individuels de radicalisation menant à l’extrémisme (violent). Étant donné la diversité des rôles pris par Internet dans les cas observés, il serait erroné de considérer le numérique comme une variable monocausale et homogène dans les trajectoires individuelles. Les impacts psycho-relationnels du Web sur les individus ne sont ni linéaires ni constants dans le temps. Alors que les sphères numériques peuvent jouer un rôle important au début d’une trajectoire de radicalisation, ils ne joueront pas nécessairement ce même rôle en continu ou de manière cumulative tout au long de cette trajectoire. Internet et les médias sociaux ne doivent donc pas être perçus sous l’angle d’un déterminisme monolithique, mais plutôt comme une variable évolutive dans ce phénomène multidimensionnel qu’est la radicalisation menant à l’extrémisme (violent).

Conclusion : mobiliser les espaces numériques pour prévenir et lutter contre la radicalisation et l’extrémisme violent ?

Malgré des connaissances encore imparfaites sur le rôle d’Internet et des médias sociaux en ce qui a trait aux phénomènes de radicalisation et d’extrémisme violent, certains États et acteurs de la société civile n’ont pas tardé à mobiliser les sphères numériques comme outil de prévention. Une foule d’initiatives de lutte contre l’extrémisme violent (9) mobilisent aujourd’hui Internet à la fois comme terrain d’action, mais également comme canal de sensibilisation et de communication. Pour la plupart mis en œuvre dans des contextes occidentaux (Royaume-Uni, Canada, France, Australie, États-Unis, etc.), ces initiatives sont extrêmement variables dans leurs ambitions, modalités et moyens mis en œuvre [Davies et coll., 2016]. Certaines d’entre elles s’inscrivent dans une perspective de contre-discours afin d’assurer un contrepoids aux discours extrémistes et radicalisants circulants en ligne [Briggs et Feve, 2013 ; Braddock et Horgan, 2015] ou de narratifs alternatifs visant à mettre en lumière des voix concurrentes aux discours extrémistes [Helmus et coll., 2013]. D’autres s’orientent davantage vers la littératie numérique et l’éducation critique, en particulier des jeunes, vis-à-vis des pratiques de navigation du Web et de consommation des contenus disponibles sur les médias sociaux. Toutes ces initiatives varient aussi considérablement dans les types de radicalités violentes visés. Alors que certaines initiatives visent exclusivement une forme d’extrémisme violent (le plus souvent, le jihadisme), d’autres s’attaquent à l’ensemble des formes de radicalités violentes.

Malgré le fait que ces initiatives, de nature gouvernementale ou non, de lutte contre l’extrémisme violent par le numérique se soient multipliées au cours des dernières années, elles ne sont pas exemptes de critiques. Deux éléments ressortent tout particulièrement de l’analyse transversale des initiatives recensées. En premier lieu, le besoin urgent d’asseoir plus effectivement ces initiatives en ligne dans des constats de recherche afin de s’assurer d’une adéquation entre les constats empiriques observés par la recherche et les dispositifs d’action proposés. Il existe un écart important entre ce que l’on sait des facteurs associés aux processus de radicalisation et les facteurs inclus ou mobilisés dans les initiatives en ligne qui visent à contrer la radicalisation et l’extrémisme violent. Ainsi, de nombreuses initiatives dans les sphères numériques à l’instar des campagnes de contre-discours ne tiennent peu ou pas compte des constats de recherche évoqués précédemment. En effet, si les campagnes de contre-discours ou de discours alternatifs sur les réseaux numériques peuvent s’avérer efficaces pour des individus vulnérables ou ambivalents utilisant initialement Internet et les médias sociaux pour chercher de nouvelles informations, elles peuvent avoir des effets contre-productifs dans le cas d’autres trajectoires individuelles. Pour certains individus déjà ancrés dans un processus de radicalisation ou ayant la perception d’être incompris/victimisés dans leurs croyances, elles peuvent conduire à engendrer une forme de résistance et de repli idéologique, qui peut favoriser du même coup un enracinement dans la radicalisation. Une meilleure prise en considération des connaissances théoriques et empiriques disponibles permettrait dès lors de guider plus efficacement ces initiatives qui s’avèrent aujourd’hui très largement fondées au mieux sur des intuitions, au pire des stéréotypes profanes ou des croyances erronées. En second lieu, il convient de développer des évaluations plus systématiques de ces initiatives de lutte contre la radicalisation et l’extrémisme violent en ligne afin de mesurer leurs effets et impacts réels. À l’instar des initiatives en ligne dans d’autres domaines d’action publique (sécurité routière, lutte contre la toxicomanie, prévention du suicide, etc.), il est essentiel de s’assurer que les dispositifs mobilisés rejoignent les publics visés. Parallèlement, ces évaluations s’avèrent d’autant plus importantes qu’elles peuvent permettre de mettre en lumière des limites ou des effets parfois contre-productifs évoqués ci-dessus. C’est uniquement par ce cycle constant d’expérimentation à partir des connaissances scientifiques et d’évaluation des initiatives mises en place que les réponses apportées dans les sphères numériques aux phénomènes de radicalisation et d’extrémisme violent pourront progresser.

Notes

  • (1) Pour une revue des principaux travaux scientifiques publiés sur cette thématique en langue anglaise, consulter Meleagrou-Hitchens (A.) et Kaderbhai (N.), 2017, Research Perspectives on Online Radicalisation. A Literature Review, 2006-2016, VOX-Pol Network of Excellence.
  • (2) Nous utilisons ici le terme de « radicalisation violente », « radicalisation menant à la violence » ou « radicalisation menant à l’extrémisme violent » de manière indistincte pour désigner le processus d’engagement d’un individu dans l’extrémisme pouvant le conduire à soutenir ou participer directement à des actions violentes incluant le terrorisme.
  • (3) Ducol (B.), Bouchard (M.), Davies (G.), Ouellet (M.) et Neudecker (C.), 2015, Assessment of the State of Knowledge: Connections between Research on the Social Psychology of the Internet and Violent Extremism, TSAS Paper Working Series, Canadian Network for Research on Terrorism, Security & Society.
  • (4) Pour une cartographie des différents développements au sein de cette littérature, consulter notamment Ducol (B.), 2015b, « A Radical Sociability: In Defense of an Online/Offline Multidimensional Approach to Radicalization» in Bouchard (M.) (dir.), Social Networks, Terrorism and Counter-terrorism: Radical and Connected, Londres, Routledge.
  • (5) Alors que la psychologie sociale s’intéresse à la manière dont les croyances, les intentions et les mécanismes psychologiques sont construits par le monde social et les interactions entre individus, ainsi que la manière dont ces facteurs psychologiques influencent, à leur tour, les interactions, la psychologie sociale d’Internet (PSI) ajoute une dimension supplémentaire en observant la manière dont le Web et les médias sociaux participent à façonner ces croyances et ces interactions individuelles par l’entremise du numérique.
  • (6) Par « filtrage algorithmique », nous entendons ici à la fois le principe de triage et de personnalisation des contenus en ligne opéré par l’intermédiaire d’algorithmes informatiques auxquels sont soumis les individus (le plus souvent à leur insu) dans le cadre de certains médias sociaux (Facebook notamment) et sites web.
  • (7) Le terme d’« homophilie » est ici utilisé dans son sens sociologique pour désigner l’attraction des individus au sein du monde social pour des individus semblables à leurs préférences (membres du même groupe social, ethnique, religieux ou culturel, personnes partageant la même opinion ou les mêmes centres d’intérêt, etc.).
  • (8) Il importe de souligner qu’il ne s’agit pas d’un échantillon représentatif d’une population bien délimitée. Les cas furent sélectionnés selon certains critères tels que : (I) la disponibilité d’informations assez détaillées sur le processus de radicalisation de l’individu et (II) la confirmation qu’Internet ait pu jouer un rôle, si minime soit-il, dans le processus. Il s’agissait d’explorer l’utilité de la typologie ; aucune conclusion définitive ne peut évidemment être tirée sans le cumul de plusieurs autres de ces cas. Les études de cas utilisées sont les suivantes : Fahim Ahmad, Roshonara Choudhry, Damien Clairmont, Martin Couture-Rouleau, Omar Hammami, Saïd Khalid, Aabid Khan, Saïd Namouh, André Poulin, Arid Uka, Michael Zehaf Bibeau (jihadisme), Anders Behring Brevik, Gianluca Casseria, Wade Michael Page (extrémisme de droite) et Justin Bourque (anti-gouvernementarisme).
  • (9) En anglais, la notion de « lutte contre l’extrémisme violent » recouvre deux terminologies soit celle de CVE (counter violent extremism) et celle de PVE (prevention of violent extremism).

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Les auteurs

  • martin bouchard

    Martin BOUCHARD

    Professeur titulaire à la School of Criminology, Simon Fraser University (Canada). Ses recherches s’intéressent à l’impact des interactions entre délinquants sur les carrières criminelles, notamment celles impliquant les sous-cultures normalement associées au crime organisé et aux gangs. Il est l’éditeur de deux récents ouvrages sur les réseaux criminels publiés chez Routledge, notamment Social Networks, Terrorism, and Counter-Terrorism : Radical and Connected.

  • garth davies

    Garth DAVIES

    Professeur associé à la School of Criminology, Simon Fraser University (Canada) et co-directeur du programme de Master sur le terrorisme, le risque et les études de sécurité. Ses travaux les plus récents portent sur la psychologie sociale de la radicalisation violente. Il a récemment participé au développement du Terrorism and Extremism Network Extractor (TENE), un outil d’extraction web créé pour enquêter les activités extrémistes sur Internet.

  • benjamin ducol

    Benjamin DUCOL

    Responsable de l’équipe de recherche du Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence (CPRMV) et chercheur associé au Centre international de criminologie comparée (CICC) de l’Université de Montréal (Canada). Ses travaux de recherche portent sur les radicalités militantes liées au jihadisme, les processus de radicalisation à l’ère du numérique, les enjeux de prévention de la radicalisation menant à la violence et les mobilisations de victimes du terrorisme. Il a publié les résultats de ses travaux de recherche dans plusieurs chapitres de livre et revues Terrorism and Political Violence, Media, War and Conflict, Sécurité et Stratégie ou encore Journal for Deradicalization.

  • christine neudecker

    Christine NEUDECKER

    Étudiante au doctorat à Rutgers University (États-Unis). Ses recherches portent plus particulièrement sur les programmes et les initiatives de lutte contre l’extrémisme violent, les dynamiques de déradicalisation et de désengagement des organisations extrémistes, les politiques de contre-terrorisme et la modélisation des risques liés aux événements terroristes.

  • marie ouellet

    Marie OUELLET

    Chercheure invitée au département de justice pénale et de criminologie de la Georgia State University (États-Unis). Ses recherches portent sur les processus d’émergence et de persévérance des groupes criminels.