L’argent de la drogue intégré au calcul du PIB : 3 questions à Nacer Lalam et David Weinberger

Travaux de l'INHESJ

Nacer Lalam est chef du département « Études et recherches » de l’INHESJ et David Weinberger chercheur au sein de ce même département. Accompagnés de Christian Ben Lakhdar (maître de conférences en économie à l’Université Lille 2), ils ont contribué aux travaux sur « l’argent de la drogue en France », financés par la Mission Interministérielle de Lutte contre les Drogues et les Conduites Addictives (MILDECA) dans le cadre du plan gouvernemental 2013-2017. Ce rapport est à l’origine de la prise en compte par l’Insee de l’argent de la drogue dans le calcul du PIB.

En quoi ont consisté vos travaux sur l’argent de la drogue ?

Nacer Lalam et David Weinberger : Nous avons conduit notre étude en deux temps. D’abord nous avons estimé le chiffre d’affaires global que représente le trafic de drogues en France. Pour cela nous avons exploité de grandes enquêtes déclaratives, notamment le baromètre santé de Santé publique France et l’enquête ESCAPAD (« Enquête sur la Santé et les Consommations lors de l'Appel de Préparation À la Défense ») de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), qui nous ont permis d’estimer des volumes et des montants. Puis nous avons reconstitué le business model d’un trafiquant de drogue en répertoriant l’ensemble des coûts pour évaluer les bénéfices, ce qui est tout à fait novateur.

Quel intérêt présente la prise en compte de l’argent de la drogue dans le calcul du PIB ?

NL et DW : Cela permet de mettre des chiffres, fondés sur un modèle de calcul, derrière une réalité qui se dérobe à l’observation et donc difficile à évaluer. C’est aussi un moyen pour les autorités qui luttent contre le trafic de drogues et le blanchiment de mieux appréhender la question du trafic et de son financement.

Suite à la demande d’Eurostat, l’institut statistique de la Commission européenne, l’Insee a intégré l’argent de la drogue dans le calcul du PIB. Comment avez-vous travaillé avec l’Insee ?

NL et DW : Il y a eu un véritable transfert de compétences, dans un souci de cohérence des agrégats économiques. Nous avons participé à différents groupes de travail à l’Insee, de manière à les accompagner dans l’intégration de nos méthodes de calculs à leur modèle.