L’adaptation aux vagues de chaleur à Paris : une action municipale multidimensionnelle

Article issu du n°60 de la Lettre d'information sur les risques et les crises (LIREC) intitulé « Le risque majeur naturel : l'apport de l'anticipation ».

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Citer cet article : FRANÇOISE Y., ROUSSEL J., « L’adaptation aux vagues de chaleur à Paris : une action municipale multidimensionnelle », Lettre d’information sur les risques et les crises (revue de l'INHESJ), 2019 (n°60 « Le risque majeur naturel : l'apport de l'anticipation »), p. 6-8.
URL : https://inhesj.fr/evenements/tous-les-actualites/adaptation-vagues-chaleur-paris

La Ville de Paris poursuit des objectifs climatiques ambitieux, elle met en œuvre une politique qui répond aux enjeux d’atténuation du changement climatique et à son adaptation. Le nouveau plan "climat" de Paris intègre ainsi les mesures d’adaptation qui permettent d’accompagner la résilience du territoire en fonction des différents aléas climatiques et de leurs conséquences. Paris est particulièrement concernée par les vagues de chaleur et les épisodes caniculaires. Ainsi, elle agit de façon multiscalaire en mettant en œuvre différentes mesures, qu’il s’agisse de procédures de gestion de crise, d’aménagement ou encore de formation citoyenne, pour permettre à chacun de vivre de façon adaptée avec le changement climatique. Le présent article se concentrera essentiellement sur les mesures relatives à l’espace public parisien et aux établissements recevant du public.

Éléments de contexte

Suite à la canicule d’août 2003 et à son lourd bilan sanitaire, l’État (Direction générale de la santé) met en place un plan d’actions pour anticiper les risques liés à la canicule. Ce "plan national canicule" (PNC) se décline à l’échelle locale (région, département, municipalité) et permet d’outiller les institutions en proposant la mise en place d’actions de prévention et de protection de la population.

Il existe quatre niveaux du PNC qui correspondent aux niveaux de vigilance météorologique :

Tableau des 4 niveaux du Plan National Canicule, Direction Générale de la Santé, 2017

Figure 1 : tableau des 4 niveaux du plan national canicule, direction générale de la Santé, 2017.

Partant du principe que ces épisodes de canicule vont aller en s’intensifiant et constituent l’une des manifestations du changement climatique d’ores et déjà amorcé, la Ville de Paris, dans le cadre de sa stratégie d’adaptation au changement climatique (2015), et de son nouveau plan "climat" (2018), mène une politique ambitieuse pour construire une ville accueillante et adaptée.

Ainsi, elle s’est engagée à lutter contre l’effet d’îlot de chaleur urbain (ICU)1 en agissant de façon holistique sur son territoire. Dès 2008, la Ville de Paris finance un programme de recherche (EPICEA2) pour étudier l’impact des ICU mais également - entre autres - les effets thermiques de la végétation et de la présence de l’eau sur son territoire (ce qui permettra de confirmer un effet rafraichissant du végétal et de l’eau). Cet objectif de rafraîchissement nécessite d’agir à différents niveaux, en déployant d’une part des mesures visant à réfréner ce phénomène inhérent à l’urbanisation - quel que soit son degré, et d’autre part des actions qui permettent de s’y adapter, en agissant à la fois sur la fabrique de l’espace public et sur le cadre bâti.

Le plan canicule à Paris

Paris, loin d’avoir été épargnée lors de l’épisode caniculaire de 2003 (surmortalité de 142% à Paris entre le 1er et le 20 aout 20033) met en œuvre depuis 2004 un certain nombre d’actions telles que la création du fichier CHALEX (chaleurs extrêmes), qui offre la possibilité aux personnes les plus vulnérables, en s’y inscrivant, de bénéficier d’un suivi et d’un accompagnement (par téléphone) durant les fortes chaleurs. Ce suivi est assuré par un personnel volontaire. Des interventions telles que des visites à domicile ou des déplacements de ces personnes vulnérables dans des « salles rafraichies » (accessibles à tous les Parisiens) font également partie du dispositif de suivi et d’accompagnement de la Ville de Paris. Les différentes actions de la municipalité sont adaptées selon le niveau activé du PNC.

Les îlots et parcours de fraîcheur

Une démarche multi-partenariale d’amélioration de la connaissance du territoire parisien

Dans le cadre de sa stratégie d’adaptation au changement climatique, la Ville de Paris initie une démarche d’identification des îlots et parcours de fraîcheur. Il s’agit de définir, identifier, cartographier puis diffuser largement les lieux et itinéraires les plus frais à Paris en période de chaleur. Ce travail permet de compléter et de valoriser les différents dispositifs mis en œuvre par la collectivité dans le cadre du PNC. Mené en partenariat avec Météo France, Santé publique France, l’Agence parisienne du climat, l’Atelier parisien d’urbanisme et l’École des ingénieurs de la Ville de Paris, ce travail a permis d’aboutir aux définitions4 suivantes :

- « Un îlot de fraîcheur à Paris est un lieu d’accueil, de halte et/ou de repos, accessible au grand public et repéré comme source de rafraîchissement à Paris par rapport à son environnement proche en période chaude ou caniculaire. Il s’agit à la fois de :

  • Espaces verts et boisés dont jardins, parcs, bois, cimetières intramuros
  • Lieux de baignade dont piscines, centres aquatiques, baignades extérieures
  • Lieux brumisés et jeux d’eau, fontaines sèches, brumisateurs
  • Établissements ouverts au public et naturellement frais dont églises, musées
  • Établissements ouverts au public et rafraîchis dont musées, bibliothèques, salles rafraîchies du Plan Canicule

- Un parcours de fraîcheur à Paris est un itinéraire piéton à Paris reliant des îlots de fraîcheur en période chaude ou caniculaire, et sur lequel les températures ressenties sont plus fraîches par rapport à l’environnement proche. Il s’agit de linéaires :

  • Particulièrement arborés et/ou végétalisés dont rues végétales, tunnels végétaux
  • Particulièrement ombragés par arbres, bâtiments, ombrières
  • Souterrains naturellement frais dont tunnels piétons
  • Aux abords directs d’espaces en eau dont berges de Seine, canaux et lacs
  • Avec des matériaux ne stockant pas ou peu la chaleur : couleurs claires, propriétés thermiques spécifiques, perméables…»

Un outil d'information grand public

Les îlots et parcours de fraîcheur ainsi définis, le travail d’identification et de cartographie de ces lieux a permis de publier une première carte des îlots de fraîcheur à Paris. Celle-ci est accessible depuis l’été 2017 sur le site internet de la Ville de Paris5.

Carte des îlots de fraicheur 2019, disponible sur le site Paris.fr

Figure 2 : carte des îlots de fraicheur 2019, disponible sur le site paris.fr.

Application Extrema Paris

 

En complément de la carte disponible sur Paris.fr, une application mobile gratuite Extrema Paris, consultable en ligne et téléchargeable pour les smartphones, est disponible pour le grand public.

Elle se base sur les données des îlots de fraîcheur collectées par la Ville de Paris, et permet de :

  • Repérer les îlots de fraîcheur proches de sa propre localisation et de n’importe quelle localisation dans Paris
  • Connaître en temps réel la température dans les différents lieux de Paris
  • Se rendre à une destination en passant par des parcours frais ou via le maximum d’îlots fraîcheur possible
  • Créer des profils pour ses proches afin de connaître la température à laquelle ils sont soumis en temps réel
  • Disposer de recommandations sanitaires essentielles.

Un système de notation permet d’obtenir des informations quant à l’accessibilité et l’aspect rafraichissant de l’îlot de fraîcheur en question. Ces évaluations constituent également un outil d’aide à la décision en ce qu’il permet de faire apparaitre les zones de carence et donc d’ajuster la répartition des îlots de fraîcheur sur l’ensemble du territoire.

Chaque année, la cartographie des îlots de fraîcheur est mise à jour et de nouveaux îlots (par exemple de nouveaux espaces verts) peuvent y être ajoutés.

Pour l’été 2019, deux cartes ont été publiées sur les îlots de fraîcheur accessibles à Paris : l’une de jour (922 îlots) et l’autre de nuit (218 îlots). Un niveau d’information supplémentaire y a été intégré afin d’indiquer les horaires d’ouverture de chaque îlot de fraîcheur et de préciser si les îlots sont à accès gratuit ou payant.

L'innovation et l'expérimentation au service d'un espace public adapté

Pour répondre aux enjeux climatiques et adapter son territoire aux différents aléas climatiques, la Ville de Paris innove dans ses pratiques organisationnelles mais également dans son aménagement, qu’il s’agisse du cadre bâti (évolution du PLU) ou de ses espaces publics. Elle s’engage dans de nombreux partenariats pour expérimenter de nouveaux types de mobilier urbain, de nouveaux dispositifs, qui participent à l’amélioration du confort urbain et répondent à l’urgence sanitaire en cas de vague de chaleur. Un certain nombre de dispositifs expérimentaux ont ainsi été déployés sur le territoire parisien pour la saison estivale 2019. La plupart de ces dispositifs sont temporaires et font l’objet d’une évaluation (mesures physiques et évaluation psychosociale). Ils permettent de diversifier l’offre existante et sont, à termes, intégrés aux projets de réaménagement. À titre d’exemples, la végétalisation de l’espace public et le renforcement de l’accès à l’eau - qui concourent directement au rafraichissement de l’espace public - sont des actions dont le développement est très soutenu à Paris. Ce développement se manifeste par des programmes de végétalisation importants (création de 100 hectares végétalisés, 30 hectares dédiés à l’agriculture urbaine, principalement sur de toits et murs, plantation de 20 000 arbres…) et de création de lieux de baignade (baignades naturelles, création de piscines…), implantation de nouvelles fontaines (à boire ou ornementales), brumisateurs et jeux d’eau. De nouveaux revêtements de sol sont également expérimentés, tels que ceux testés dans le cadre du projet européen LIFE Cool & Low Noise Asphaltes6 dont l’objectif est d’identifier un revêtement (de chaussée) qui permette de réduire à la fois le bruit de la circulation et la chaleur.

Photo d’une fontaine « Totem » basse pression (2 en 1 fontaine et brumisateur) installée au croisement rue Rébeval et rue Atlas (19e), juin 2019, Eau de Paris

Figure 3 : photo d’une fontaine « Totem » basse pression (2 en 1 fontaine et brumisateur) installée au croisement rue Rébeval et rue Atlas (19e), juin 2019, Eau de Paris.

Prototype de la « Flaque climatique » raccordée au réseau d’eau non potable de la ville de Paris, projet Aéro-Seine réalisé par Isabelle Daeron dans le cadre de l’appel à projet FAIRE (Design) Paris.

Figure 4 : prototype de la « Flaque climatique » raccordée au réseau d’eau non potable de la ville de Paris, projet Aéro-Seine réalisé par Isabelle Daeron dans le cadre de l’appel à projet FAIRE (Design) Paris.

La formation citoyenne

Enfin, la Ville de Paris met en œuvre différents dispositifs pour informer les usagers de son territoire.

Tout d’abord, en menant des actions d’information et de prévention auprès du grand public, par l’intermédiaire de ses interfaces numériques. Elle contribue ainsi à l’acculturation du grand public quant au changement climatique et à son adaptation.

Par ailleurs, en mettant en place des actions de formation à destination de publics volontaires intéressés. Depuis 2014, l’action citoyenne a pris une ampleur considérable à Paris comme en témoigne l’avènement du Budget Participatif. Les dispositifs permettant aux habitants et plus largement aux usagers de s’engager au service du territoire se sont multipliés.

La mobilisation des citoyens parisiens quant aux sujets environnementaux, est forte. Une communauté de « Volontaires du Climat » s’est créée à l’issue de la votation citoyenne relative au nouveau plan climat (2018). Cette communauté est composée de résidents et d’usagers du territoire parisien souhaitant être tenus informés de l’action municipale relative à la question climatique ou souhaitant s’investir de façon formelle dans la lutte contre le changement climatique. Les volontaires du climat mais également les volontaires de Paris (autre dispositif mis en place par la ville) ont pu bénéficier d’une formation « adaptation au changement climatique : les vagues de chaleur » à l’issue de laquelle il leur a été proposé de relayer les informations délivrées et ainsi accroitre la diffusion de la connaissance sur ce sujet ainsi que les comportements à adopter. La Ville de Paris entend poursuivre et développer davantage son action de formation citoyenne : la maire de Paris Anne Hidalgo a en effet annoncé la création d’une académie du climat à Paris pour permettre au jeune public (12-25 ans) de s’informer et de se former quant au changement climatique.

Notes

  1. Les îlots de chaleur urbains sont des élévations localisées des températures, particulièrement des températures maximales diurnes et nocturnes, enregistrées en milieu urbain par rapport aux zones rurales. Ce sont des microclimats artificiels provoqués par les activités humaines et l’urbanisme.
  2. Étude pluridisciplinaire des impacts du changement climatique à l’échelle de l’agglomération parisienne : programme de recherche financé par la Ville de Paris, coordonné par Météo France et le Centre scientifique et technique du bâtiment, en partenariat avec l’Agence parisienne d’urbanisme et l’Agence parisienne du climat (rapport disponible sur : http://www.cnrm-game.fr/projet/epicea).
  3. Statistique publiée dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire de novembre 2003.
  4. Définitions issues du Groupe de Travail réunissant les différents partenaires cités plus avant.
  5. www.paris.fr/canicule en 2017.
  6. Projet européen développé en partenariat avec Bruitparif, Eurovia, Colas et le Laboratoire interdisciplinaire des énergies de demain (UMR 8236).

Bibliographie

  • Vandentorren S., Suzan F., Pascal M., Maulpoix A., Medina S., Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire, 2003, n°. 45-46, p. 219-20
  • Torok S. J., Morris C. G., Skinner C.L., Plummer N.P., 2001: Urban heat island features of southeast Australian towns, Australian Meteorological Magazine, volume 50, n°1, pp. 1-13.
  • Stratégie d’adaptation au changement climatique de la ville de Paris, 2015, Agence d’Écologie Urbaine, Direction des Espaces Verts, Mairie de Paris.
  • Plan Climat Air Énergie Territorial de la Ville de Paris, 2018, Agence d’Écologie Urbaine, Direction des Espaces Verts, Mairie de Paris.
  • Plan National Canicule, 2017, Ministère des Solidarités et de la Santé

Les auteurs

  • Julie Roussel

    Psychologue environnementaliste de formation, docteure en urbanisme, actuellement cheffe de projet « adaptation au changement climatique » au sein de la division "climat et économie circulaire" de l’Agence d’économie urbaine de la Ville de Paris.

  • Yann Françoise

    Ingénieur en génie-urbain de formation, spécialiste des questions énergétiques et de lutte contre le changement climatique dans les grandes villes. Responsable de la division "climat et économie circulaire" de l’Agence d’économie urbaine de la Ville de Paris.

Crédit photo :  Ilnur Kalimullin - unsplash.com