Editorial de l'INHESJ

Hélène Cazaux-Charles

L’année 2017 est d’ores et déjà inscrite dans une longue période de bouleversements qu’elle prolongera avec un degré d’intensité ignoré à ce jour, mais redouté compte tenu de la violence déployée au cours de l’année 2016, et particulièrement dans ses derniers mois.

Le terrorisme qui a frappé durement notre pays, et continue à le menacer sans trêve, a fait prendre conscience au peuple français qu’il était entré, brutalement et durablement, dans une période de trouble d’une intensité jamais connue depuis plusieurs  générations. La maîtrise dont il a fait preuve dans ses réactions, comme la force de la mobilisation de l’Etat et de ses services pour affronter la menace, constituent une première victoire si l’on considère que l’objectif des terroristes est en premier lieu d’amplifier les fractures de la société française et d’en faire des instruments au service d’une logique  de destruction, dans le cadre de la guerre totale qu’ils nous ont déclaré.

Quelle que soit la qualification donnée à la situation intérieure de la France, guerre ou non, les coups portés cherchent à abattre notre démocratie, et nous menons bien plusieurs combats, certes de nature différente mais procédant d’une stratégie globale, sur notre territoire et sur d’autres champs de bataille. Parler de « la France face au terrorisme », c’est assurément dessiner une mosaïque complexe de problématiques, faites de questions dites « de société » sur le plan intérieur et de données géopolitiques marquées par le choc d’intérêts aussi divers qu’opposés entre eux.

La fin de l’année 2016 est venue nous rappeler, s’il en était encore besoin, la dimension polysémique et internationale de la menace qui nous vise, la permanence de son imminence comme de la détermination de ceux qui la réalisent. L’attentat d’Istanbul concentre symboliquement les différentes dimensions du terrorisme actuel, par sa cible, par sa date, par son lieu. La Turquie est actuellement l’un des espaces stratégiques d’une confrontation mondiale entre religions, cultures, intérêts économiques et ambitions politiques. De la même manière, les évènements autour de la reprise d’Alep par l’armée syrienne sont lourds d’enjeux futurs qui vont bien au-delà du théâtre des opérations tragiques et sanglantes de ces derniers mois. La prise de conscience de la dimension mondiale d’une stratégie déclinée régionalement, dans un agenda maniant les symboles avec une intelligence morbide, nous oblige à développer notre  capacité à analyser avec précision la complexité de la situation, à éclairer par une recherche et des connaissances aussi rigoureuses qu’étendues les questions traitées, enfin à construire une réponse inscrite dans un temps long, intégrant toutes les dimensions du terrorisme islamiste, bien au-delà de la seule dimension guerrière.

Nous vivons une époque où le flux de l’information se caractérise par la vitesse et la quantité, rendant de plus en plus difficile la hiérarchisation des évènements (c’est-à-dire l’exercice de la raison) au profit de l’immédiateté de l’émotion. Notre Institut, avec les moyens qui lui sont dédiés et dans le cadre de ses missions, a un rôle à jouer dans ce travail de déchiffrement et de compréhension. Il mène sur ces questions, à travers ses activités de recherche, de formation, à travers l’organisation de débats, un travail permanent au service des responsables et de tous les acteurs opérationnels qui, sur le terrain, construisent aujourd’hui les réponses nécessaires.

Hélène Cazaux-Charles - Directrice de l'INHESJ